Jazz nomade
Premiers tours de roue pour le Camion Seine, premiers concerts dans les villes partenaires, premiers solos du festival de jazz de La Défense 2009.
Fontenay-aux-Roses, vendredi 12, quand le soleil n'est plus vraiment là et la nuit pas encore. Une place plantée d'arbres, comme dans le Sud, au pays des festivals de jazz. Et le Camion Seine, ce plateau itinérant avec tout ce qu'il faut d'espace, de lumière et d'amplis, qui va durant deux semaines séduire des publics qui n'ont souvent jamais mis les pieds dans un club. Quand le jazz va à toi qui ne vas pas au jazz... C'était exactement cela, un vrai grand public de centre-ville, plusieurs centaines de voisins, les quadras en manches de chemise week-end, les seniors réticents puis scotchés, les jeunes venus l'enthousiasme entre les dents, alléchés par l'odeur du groove, des grappes de gamins qui remuent comme des grappes de gamins et leur mère qui bouge, belle comme un crépuscule sur la Méditerranée. Il y a même le marin, barbe blanche et casquette, qui fait escale ici depuis plusieurs vendanges déjà. Ambiance bon enfant.
Et la musique, alors ? Eh bien, en ouverture du festival 2009, un fidèle : le trompettiste Érik Truffaz, qui remportait le concours national de jazz de La Défense en 1993. Et qui revient, musicien plus métissé que jamais, en tête de pont d'une programmation qui ne l'a jamais été autant. Accompagné d'un voisin – ou presque, il est né à Montrouge – Sly Johnson, et du batteur Julien Charlet, venu donner au duo sa force de frappe live. L'ancien chanteur de Saïan Supa Crew tire de sa gorge, de son corps, tout le registre des percus et des basses, le scratch virtuel des platines et le flow d'une voix qui parfois s'envole, superbe, au dessus du tapis sonore de Truffaz. La légendaire discrétion du trompettiste fait s'épanouir ses comparses, jamais il ne leur vole le front de scène, autant à l'écoute qu'à l'explosion fugace, irradiée de couleurs. Et s'impose alors quelque chose que les enregistrements n'avaient que peu laissé entrevoir : Truffaz n'a jamais été aussi électro-jazz que dans cette formule dépouillée, presque unplugged.
Et ça plaît au grand public venu en voisin, et on entend que ça lui plaît, et ça plaît sur la scène aussi, où les deux générations de musiciens nouent leurs complicités autour du benjamin Sly Johnson, qui dialogue hip-hop avec le public ou fait le show du "big applause" de fin de concert... De bon augure pour la suite du festival. D'ailleurs, le sweat à capuche de Sly ne portait-il pas, en lettres discrètes, le nom magique de... Montreux.
Didier Lamare
Notre reportage vidéo sur ce premier coup de trompette




