Maison de l'architecte Jean Prouvé à Meudon - CP/CG92/O. Ravoire

24/11/2009

  • Envoi à un ami

Prouvé, archi ingénieux

Visite insolite à Meudon d'une maison de la cité « Sans souci » conçue dans les années cinquante par l'ingénieur Jean Prouvé.

Ça commence par une curiosité au bord de la route des Gardes, cette côte trapue qui entre Sèvres et Meudon suscite l'admiration envers les préposés cyclistes de La Poste. De drôles de maisons, très discrètement nichées dans la végétation, en lisière de forêt. Murs métalliques, toits terrasses de même, de grands regards vitrés ouverts, des volumes tout simples posés en surplomb sur des assises maçonnées. Au premier regard, quelque chose qui hésite entre l'habitat éphémère, les stations de science-fiction qu'on posait en noir et blanc à la télé sur le sol de lointaines planètes, et les bungalows sur pilotis de l'Ouest américain.

Cet habitat inhabituel, si l'on ose la formule, relève du talent d'un homme et des circonstances du temps. L'époque, ce sont les années cinquante, à l'enjeu brutal : on devait construire – monter, installer, fournir – quelque chose comme vingt mille logements par mois ! Les méthodes traditionnelles n'y suffiraient pas et la ligne semblait tracée : on allait vers l'industrialisation de la construction. Jean Prouvé était peut-être l'homme qu'il fallait. Ingénieur sans être architecte, il propose dans son atelier de Maxéville en Lorraine un système de construction métallique adaptable et rapide – « quatre jours quatre hommes », disait-on. Ossature métal, panneaux de même, éléments préfabriqués qu'on encliquète les uns dans les autre : du meccano en quelque sorte, mais fort ingénieux et d'une qualité de fabrication plus qu'honorable, d'autant qu'il s'agissait à l'origine d'un habitat éphémère prévu pour pallier l'urgence. Une véritable révolution dans l'idée de la construction Moderne quoi, et le mot convient encore aujourd'hui, c'est dire à l'époque, où certains allèrent jusqu'à parler de « boîtes à sardines »... On a souvent comparé les maisons Prouvé et les 2 CV Citroën. Avec une différence capitale : la quantité des unes fait basculer la révolution du côté industriel, tandis que les autres en resteront au stade artisanal. Le ministère de la reconstruction et de l'urbanisme avait évoqué, dans les fumées encore des traumatismes de la guerre, un plan de plus de mille maisons : il s'en construira... quatorze à Meudon, et quelques autres en région.

La famille Muguet-Giraux s'installe ici il y a seize ans. « On habitait un appartement à Meudon et à la naissance de notre fille, on a cherché plus grand. On a tout de suite été séduit : une maison, un jardin, plein de choses à y faire... » Surtout pour une architecte qui va trouver ici de quoi mettre en œuvre sa sensibilité à l'art de Prouvé sans pour autant faire un musée. Seize ans plus tard, la famille s'est agrandie et la maison aussi. Décaissement du terrain, aménagement d'une terrasse, création d'une extension dans l'esprit Prouvé en guise d'entrée et bien sûr l'appropriation du sous-sol, autrefois garage, désormais espace à vivre, trois pièces, escaliers, coursives, bois, métal... 96 m² à l'origine, 160 aujourd'hui, voilà une maison qui vit avec ses habitants. « Les gens ici restent très longtemps, on s'y sent bien. Il y a eu très peu de turn-over en bientôt soixante ans, on a d'ailleurs acheté aux enfants des premiers propriétaires. Les maisons sont restées globalement saines, chacun en prend soin. On a bien sûr fait le tour des quelques soucis, la condensation du toit, le vieillissement des joints des fenêtres coulissantes et la difficulté pour trouver des pièces détachées... Mais on se connaît tous, on met en commun nos informations et on s'échange nos bonnes adresses... »

Les maisons ont grandi avec les familles, ont changé d'habits, de maquillage, de coiffure... et pourtant on les reconnaît toutes. Henri Prouvé, le frère et collaborateur de Jean, est revenu il n'y a pas si longtemps. Il s'est promené longuement dans les allées, a pris le temps d'un café dans un salon qui n'existait pas autrefois. Ses yeux disaient le plaisir de l'architecte dont l'œuvre est devenue une créature presque vivante...

Didier Lamare

Visite de la maison


En savoir plus

Sortir dans les Hauts-de-Seine - voir nos rubriques - Théâtre - Expositions - Cinéma - Livres et multimédiaCirque et arts de la rueDanse - Musique



Sur le même thème

Voir tous les articles »

En vidéo

Le musée Armande Béjart à Meudon


Expo : la grande crue de 1910



Présentation de la série documentaire "Un lieu, un destin"


Le musée des gardes suisses


Les grands projets de la vallée de la culture à Boulogne


Le musée Roybet-Fould à Courbevoie


Les Hauts-de-Seine vus du ciel


Exposition sur la Bretagne à Boulogne


Visite guidée des jardins de l'espace Albert Kahn


Visite guidée du musée de l'île de France