Le destin d’Albert Kahn
Au musée départemental Albert-Kahn, un jardin japonais raconte le parcours exceptionnel de l’ancien maître des lieux. Visite guidée.
Cette création a été commandée en 1989 par le conseil général des Hauts-de-Seine au paysagiste japonais Fumiaki Takano.
Une métaphore végétale et minérale
L’eau est ici le fil conducteur de l’histoire. À l’entrée du jardin, le liquide jaillit d’une pyramide de galets et serpente entre des rochers. Ce torrent symbolise la naissance et la jeunesse mouvementée du personnage.
Albert naît en 1860 dans un foyer de modestes commerçants juifs du Bas-Rhin. Mais sa famille s’installe dans la Meuse quand, à l’issue de la guerre de 1870, l’Alsace et la Lorraine sont annexées par la couronne prussienne.
Âgé de 16 ans, Albert Kahn s’installe à Paris et sera employé par la banque des frères Goudchaux. Il trouve le temps de passer ses deux baccalauréats et de réussir une licence de droit aidé par le jeune normalien qui deviendra son ami, Henri Bergson.
Une œuvre en faveur de la paix
Le torrent du jardin japonais s’épanouit en un étang calme. Albert démontre un sens aiguisé des affaires ( une aptitude à détecter les hausses de valeur de titres) et bâtit une véritable fortune en quelques années. Il investit en Afrique du Sud et devient le principal associé de la banque.
En 1895, Albert Kahn achète la propriété de Boulogne et commence l’aménagement des jardins. Il y recevra l’élite intellectuelle, scientifique et politique de l’époque. L’étang est traversé par des carpes du Japon.
Quatre ans plus tard, Kahn fonde sa propre banque et commence à œuvrer en faveur de la paix. Il crée en particulier la société Autour du monde destinée à des étudiants.
Homme d’affaires réputé, il voyage beaucoup et est très marqué par le Japon. À Boulogne, cet intérêt pour l’archipel est rappelé par une petite montagne d’azalées évoquant le mont Fuji.
Témoigner d’un monde en mutation
L’étang est à présent une rivière en mouvement, nous sommes en 1909.
Albert Kahn envoie des équipes de cameramen et de photographes à travers plus de 50 pays. Ils sont chargés de collecter les images qui constitueront les "Archives de la planète". Sur les rives du cours d’eau, 3 gros amas de galets roses matérialisent la masse de documents amassés.
Parallèlement à ces missions, Albert Kahn poursuit son œuvre en faveur du rapprochement des peuples, il crée de nombreuses institutions et fondations. Mais des murets aux arêtes coupantes barrent le cours de la rivière : la crise boursière de 1929 met un terme aux grands projets de l’humaniste.
La banque Kahn est en faillite. Ruiné, Albert Kahn meurt à Boulogne le 14 novembre 1940. La rivière s’est rétrécie et s’enfonce dans le sol après un dernier tourbillon.
En savoir plus
À lire notre dossier sur le musée Albert-Kahn












