21/09/2008

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Le tableau énigme

Début 2008, à l'occasion des Journées du patrimoine, Le Festin de Didon et Énée peint à la cour de Sceaux, a rejoint son lieu d’origine, la cour de Sceaux. Ce portrait collectif cache un mystère. Un "Du Maine" code ?

Ce grand portrait collectif est d’importance aussi bien pour la peinture française de la fin du règne de Louis XIV, que pour la cour de Sceaux dont il décrit brillamment la vie au temps du duc et de la duchesse du Maine (1676-1753). Les dimensions du tableau (1,60 x 2,30m) sont à l’aune de la quantité prodigieuse de figures qu’il décrit, la délicatesse des coloris comme le toucher raffiné étant la marque de François de Troy, portraitiste sollicité par l’entourage du Roi. « Ce chef-d’œuvre fut admiré de tous au Salon de 1704 et mentionné par Le Mercure de France comme un ouvrage de première importance », note Dominique Brême, auteur du catalogue raisonné de François de Troy.

Le prétexte, qui sous-tend l’œuvre et lui donne son titre, est servi par un épisode tiré de l’Énéide de Virgile
- le repas que Didon, reine de Carthage, offrit à Énée, pendant lequel le héros troyen lui raconta ses aventures. Au centre de la toile, Énée est représenté sous les traits du duc du Maine, Didon sous ceux de la duchesse. Chacun dans la composition tient son rang et la foule de personnages est celle des familiers de la cour de Sceaux. À droite, les deux jeunes enfants du duc et de la duchesse sont Louis-Auguste Bourbon, prince de Dombes (né en 1700) et Louis-Charles de Bourbon, comte d’Eu (né en 1701), accompagnés par leur nourrice. À gauche, l’officier qui présente à Didon la figure de l’Amour – sous les traits du jeune Ascagne, fils d’Énée - n’est autre que le précepteur du duc, Nicolas de Malézieu. Le triangle formé par Didon, Énée et l’Amour, est au centre du tableau…et d’une énigme !

L’allégorie de l’Amour recouvre la délicate question de l’identité de l’enfant mystérieux s’avançant vers Didon. Les regards de l’assistance convergent en effet vers ce jeune prince qui précède la couronne et le sceptre portés avec cérémonie. Ces insignes du pouvoir suprême pourraient, comme le suggère Dominique Brême, « indiquer son droit à monter sur le trône de France ». En 1702, seul le Grand Dauphin, ou son fils âgé de vingt ans, peuvent légitimement y prétendre. Le futur Louis XV ne naîtra qu’en 1710. Que représente cet enfant ? L’ambition du duc du Maine ? Immense, elle ne fait pas mystère chez ses contemporains! Que ce soit pour lui-même ou son fils aîné.

Fils naturel de Louis XIV et de « la Montespan », légitimé en 1673 par le Roi qui le déclarera apte à la succession au trône en juillet 1714, Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, « étoit le cœur, l’âme, l’oracle de Madame de Maintenon, de laquelle il faisoit tout ce qu’il vouloit… aux dépens de quoi que ce pût être », note le duc de Saint-Simon !

Si Didon est abondamment représentée dans la peinture des XVIe et XVIIe s., c’est un compositeur, Henry Purcell, qui en 1689 fait passer la reine de Carthage à la postérité. Didon et Énée, son unique opéra marqué par l’influence française de Lully, transforme Didon en une immortelle héroïne… ce qui ne put que séduire la duchesse du Maine !

Alix Saint-Martin

En savoir plus

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