Dubuffet à Rueil
L’œuvre gravé de Jean Dubuffet, fil conducteur de l’ensemble de sa création de 1944 à 1984, est présenté à l’atelier Grognard de Rueil-Malmaison. Du 18 décembre au 8 mars.
LA LIBERTE JUBILATOIRE DE JEAN DUBUFFET
« Êtes-vous prêt à changer votre vision de l’art ? » titre l’exposition de Rueil-Malmaison, manière de souligner le positionnement peu banal de l’œuvre de Jean Dubuffet (1901-1985). L’artiste dit « récuser la représentation usuelle du monde qui prétend répondre à la réalité et nous constituer nous-même… toute réalité qu’il nous plaît d’inventer à notre personnel usage ». On l’aura compris, débarrassée des illusions de l’apparence, la réalité « hourloupée » de Jean Dubuffet est singulière : ses contours et ses matières en témoignent, l’enthousiasme et la passion qu’elle suscita, aussi. Du graphisme au « Cabinet logologique » de la « Villa Falbala », l’artiste a confronté réel et imaginaire jusqu’au vertige, inventé un « jargon illustré », démontré que le matériau était un langage, fabriqué des lieux et livré dans un déferlement plastique une foule de personnages (autoportraits loufoques ?) qui, étrangers à notre réalité, subtilement la suggèrent pour mieux s’y opposer ! Tout l’art fascinant et subversif de Dubuffet tient dans cette proposition.
Pamphlétaire, autodidacte, Jean Dubuffet est l’initiateur de « l’art brut ». Encouragé par Breton, Paulhan, Michaux…, Dubuffet fonde en 1948 la compagnie de l’Art brut et constitue une collection au retentissement international. Considéré aux États-Unis comme « l’artiste français le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale », Dubuffet expose dans les plus importants musées new-yorkais, au MoMA et au Guggenheim. D’une liberté jubilatoire, son œuvre est désormais perçue comme paysage mental… aussi bien que dessin en expansion.
Le rôle de l’estampe est fondateur dans l’œuvre. L’exposition explicite quarante années de création, rythmées par les séries gravées de l’artiste. Dessin volontairement malhabile et refus de la perspective, des couleurs vives, sont le postulat de départ en 1944. Dubuffet détourne les techniques, introduit le plâtre et la poussière de l’atelier dans « Mirobolus », « Macadam et Cie » (1944), s’adosse à un texte de Francis Ponge pour « Matière et Mémoire » (1944) et à la poésie pour « Les Murs ». La série incisive des portraits, « Plus beaux qu’ils croient ! » (1946-47), s’apparente à des graffitis. La pâte épaisse des « Paysages du mental » (1952) mène aux « Matériologies » et « Texturologies ». Procédant par « Assemblages d’empreintes » (1953), Dubuffet écarte la peinture à l’huile au profit du mâchefer, tampon Jex, papier mâché. Le polystyrène du cycle de « L’Hourloupe » engage simultanément le travail peinture-sculpture-architecture. Les « Théâtres de mémoire » (1975-78) et les « Mires » (1983) évoquent de nouveaux espaces que l’ultime série des « Non-Lieux » (1984) récuse.
Alix Saint-Martin
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Exposition organisée avec le concours de la fondation Dubuffet, Paris. « Jean Dubuffet, l’œuvre gravé, 1944-1984 », jusqu’au 8 mars. Atelier Grognard, 6, av. du Château de Malmaison 92500 Rueil-Malmaison. Tous les jours, 13 h 30-19 h, fermeture mardi. Tarif 4 €, groupe 2 € (gratuit - de 18 ans et étudiants), visite guidée 6 € (réservation). Tél. : 01 47 14 54 77. www.mairie-rueilmalmaison.fr




