Un mariage grand format à Sceaux
Venez découvrir l'histoire de la sculpture dans l’objectif des grands photographes. Dans le parc du domaine de Sceaux jusqu'au 20 décembre.
L’exposition de photographies en extérieur, organisée chaque année par le conseil général reprend ses quartiers dans le promenoir vert de l’allée des Clochetons.
Après "Images et magies d architecture", Sculpture-photographie est une promenade en 85 images qui élargissent et enrichissent la notion de « sculpture », même si les points de repère historiques et les grandes figures sont bien là, de Praxitèle et Michel-Ange à Brancusi et Giacometti, ainsi que celles du patrimoine du département des Hauts-de-Seine : Rodin, Arp, Dubuffet…
Certaines photographies sont des jalons l’histoire de cet art, comme la première autochrome d' Albert Kahn ou encore l’image d’Edward Steichen, maître de la photographie pictorialiste exaltant une atmosphère crépusculaire pour mieux révéler « Le Balzac de Rodin » en 1908. La photographie onirique de Man Ray dans sa période surréaliste a fait le tour du monde : « Noire et Blanche », 1926, montre deux « masques » de même forme, le visage de Kiki les yeux fermés et un masque Yorouba, positif et négatif d’une même humanité. Tenant de la photographie humaniste, Doisneau réalise une série intitulée « Épouvantables épouvantails » en 1965, qui étend l’idée de sculpture à une forme en paille, croisement de l’art populaire et de l’art brut.
De 1839 à 2009
L’objectif des trois commissaires, Paul Frèches, Philippe Piguet et Emmanuel Transon, a été de valoriser les différentes façons de traiter la sculpture par le medium de la photographie entre 1839 et 2009. Sont donc inclus dans ce dispositif les artistes plasticiens qui réalisent une pure création photographique comme Nils Udo avec ses sculptures éphémères, « Fleurs de rhododendrons », ou Georges Rousse qui propose une lecture d’une œuvre en volume, « Lyon, Sacuny ».
Autre enjeu mis en valeur, le rapport qu’entretient la sculpture avec l’espace et la lumière, ce que fait Élise Pailloncy dans « L’Éblouissement », 1973, où l’art minimal de Dan Flavin rythme l'espace par ses tubes de lumière fluorescente. Les photographies de Redemann, Penone, Seymour, Le Gac, Couturier…, les images de Staline en morceaux, d’un bourgeois de Calais, de la caricature en fil de fer de Fernand Léger par Calder, de « La Poupée » de Bellmer ou de la « Cuillère » monumentalisée par Patrick Tosani, en 1988, sont des exemples de la mutation profonde de l'acception du mot « sculpture ». Cet art désormais sans frontières s’applique aussi bien au paysage, avec les tenants du land art que sont Christo et Robert Smithson (vue aérienne de la « Spiral Jetty », 1970), qu’à l'architecture, avec André Bloch et sa « maison sculpture » à Meudon.
La traversée de 6 000 ans d’histoire de la sculpture, en 85 clichés… ne pouvait faire l’économie de la sculpture de la Grèce antique, ni de l’Égypte révélée dans sa beauté par le photographe Maxime Ducamp, « Colosse occidental du Spéos de Phré, 1849 », ni des « Bouddhas géants de Bâmyiân » en Afghanistan, saisis par Pascal Maître en 1996 avant leur destruction, ni de la sculpture khmère... toutes ces photographies de reportages, et parfois de guerre, qui illustrent la sculpture sont synonymes de partage d’enjeux et de dialogue esthétique.
Alix Saint-Martin



