Macbeth aux Gémeaux
Sur la scène nationale des Gémeaux, le metteur en scène anglais Declan Donnellan étend le règne noir et sang de Macbeth. Une pièce événement à Sceaux jusqu'au 21 février.
Sorcières sur la lande, forêt en marche, prophéties : quatre siècles ont passé et le "Macbeth" de Shakespeare est toujours de ces pièces qui nourrissent l'imaginaire.
Sur scène, un couple à l'ambition meurtrière, des boucheries sanglantes où l'on tue un roi, des barons fidèles, des femmes vertueuses et des enfants dociles... Le mal y brille comme un joyau noir sous la lune celte. Autant dire qu'avec tout ça dans la besace, il y aurait de quoi en faire des tonnes. Mais ce n'est pas trop le genre de Declan Donnellan et de sa compagnie Cheek by Jowl, qui reviennent avec Shakespeare aux Gémeaux, après le méconnu "Troïlus" et "Cressida" de 2008.
Scène nue, profonde jusqu'au gouffre, quelques tabourets de planches, pas le moindre accessoire, une douzaine d'hommes et de femmes en noir, robes et vestes raides, rangers... Et la chorégraphie permanente de corps qui courent, crient, dansent presque cette danse macabre, se figent soudain ou s'éparpillent comme un vol de corbeaux à chaque éclaboussure d'un sang qu'on ne voit jamais et qui tache tout. En deux heures d'ellipses enchaînées, Declan Donnellan a gratté Shakespeare jusqu'à l'os, laissant la chair, en impressionnant directeur d'acteurs, aux comédiens de sa troupe.
Anastasia Hille est une lady Macbeth plus fragile qu'elle le croyait, David Caves un Macduff héros malgré lui ; et puis – crâne rasé, cernes creusés sous les yeux qui voient des choses qu'on ne voit pas – Will Keen incarne un Macbeth qui n'est pas un boucher démoniaque mais un homme décomposé par la culpabilité. Une seule certitude au bout de ce spectacle exigeant et physique : « Ce qui est fait ne peut être défait. »
DL



