Moussa Sanou aux Amandiers
Rencontre avec le comédien Moussa Sanou.
« FAIRE DU THEATRE UNIVERSEL »
« Quand j’ai commencé à avoir un peu de succès, ma mère qui continuait à se désoler pour moi me disait régulièrement : "Oui, mais maintenant que tu connais des gens pourquoi tu leur demandes pas de t’aider à trouver du travail ? » Moussa Sanou s’amuse de la réflexion maternelle avec cette tendresse mêlée de malice dont est pétri ce « Je t’appelle de Paris », écrit et joué par lui, récemment à l’affiche des Amandiers à Nanterre. Être comédien professionnel au Burkina Faso, ça n’existe pas. Mais le mouton noir de la famille paysanne de sept enfants installée depuis des générations à Bobo-Dioulasso est loin d’avoir dit son dernier mot.
Tout a commencé en 1992 : « J’aurais pu faire carrière dans la fonction publique. Le hasard et surtout une rencontre en ont décidé autrement. Avec un petit groupe d’amis nous nous sommes engagés dans la troupe Traces-Théâtre créée au centre culturel français par Brigida Tobon, compagnie dont elle est restée directrice pendant quatre ans et poste auquel je lui ai succédé depuis. J’ai compris petit à petit que devenir comédien, qu’écrire, c’était ma voie. Mon chemin. »
Et du chemin, il en a fait. Non sans une certaine fierté, exempte de toute vanité, il annonce : « Nous sommes en train d’inventer le métier de comédien au Burkina. » Le propos lâché, il l’étaye : « La compagnie a été souvent sollicitée, par les ONG notamment, pour traiter des thèmes sociaux inhérents aux problèmes rencontrés par la société africaine et sensibiliser les populations. J’ai écrit plusieurs pièces. Et quelques-unes ont été récompensées. Ce qui nous a permis d’acquérir une certaine notoriété. On m’a sollicité pour prendre la tête d’une association de troupes de théâtre burkinabaises. Aujourd’hui nos efforts commencent à être reconnus au pays. Nous avons actuellement un poste au Conseil économique et social pour y représenter les artistes et faire entendre leur voix. »
Pour expliquer cette percée, signe avant-coureur d’une vraie révolution des mentalités, Moussa Sanou ne parle que de « sérieux au travail » et « de bon comportement », heureux d’avoir fait la démonstration de sa fiabilité et de son professionnalisme. « J’avais un souci : est-ce que ce que nous faisions était du théâtre universel ? Est-ce que c’était pas seulement un théâtre de Bobo (entendez un théâtre de Bobo – Dioulasso) ? Et quand j’ai eu besoin d’un regard extérieur, c’est Jean-Louis Martinelli qui s’est présenté. J’ai été rassuré. Il a bien voulu de nous pour jouer dans deux de ses créations dont "Médée". Nous étions invités à Paris. » Son aventure, l’histoire unique de ce débarquement de la troupe sur le sol français, une première pour les treize membres de la compagnie et un vrai choc culturel, Moussa Sanou la raconte dans « Je t’appelle de Paris ». Ça fleure bon l’universellement vécu.
Marie-Emmanuelle Galfré














