Bernard Degout : "Nous avons voulu faire reconstituer la maison du romantisme"
Ou comment le "culte" de Chateaubriand a permis de préserver un domaine de toute beauté.
Docteur en littérature, Bernard Degout est directeur de la maison de Chateaubriand.
Qu’est devenue la maison de Chateaubriand après sa vente ?
Elle a beaucoup changé avec les propriétaires successifs, les familles de Montmorency et de La Rochefoucauld. Ils ont surtout agrandi la maison, en ajoutant deux ailes à celle-ci, elle a été agrandie en profondeur aussi.
Mais nous n’avons pas d’inventaire précis de ce que pouvait être la maison lorsque l’écrivain l’habitait. On ne connaît rien des cuisines, des salons, mais on suppose que le mobilier devait être sobre.
Les meubles que vous pouvez voir aujourd’hui ne sont pas d’époque, vous trouverez par exemple du Charles X, mais nous avons voulu faire reconstituer la maison du romantisme, pour le Sachem du romantisme, selon la formule consacrée.
Le rôle du docteur Le Savoureux est donc prépondérant ?
Tout à fait, d’autant que c’était un chateaubriandiste passionné. Il avait acheté le domaine en 1914 pour en faire une maison de repos, "pour traiter les fatigues cossues".
Aujourd’hui, on ne se sait pas grand-chose de cette période, car on a du mal à distinguer l’activité de maison de repos de la fonction plus mondaine de la demeure. Grâce au livre d’or qui laisse trace de signatures reconnaissables, on sait que la maison est fréquentée par des écrivains, on y vit Anna de Noailles, Henri de Régnier, Paul Valéry, ou encore Paul Léautaud qui est mort dans cette maison, dans le bureau que j’occupe actuellement.
À cette époque, la Vallée renaît. Le docteur Le Savoureux rétablit le culte de Chateaubriand.
Et aujourd’hui, quel est votre rôle ?
Il s'agit d’amplifier le mouvement de développement que connaît la maison, notamment depuis son rachat par le département des Hauts-de-Seine en 1972, et son ouverture au public en 1986. L’amplifier en présentant Chateaubriand au plus grand nombre de publics possible : aux spécialistes, à ceux qui apprécient aussi, aux scolaires, aux universitaires, aux curieux…
Nous organisons des spectacles, des lectures musicales, des voyages sur les pas de l’écrivain, des voyages à Weimar aussi car nous nous ouvrons aux autres courants d’idées de l’époque, comme celles de Goethe par exemple. Nous voulons préserver et faire rayonner tout ce qui est constitutif de notre passé.



